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Je dois avouer que ce plan social annoncé chez Sud-Ouest a pour moi un air de déjà vu. C'était dans ma première vie professionnelle - carte de presse 61639- reporter à RMC. J'avais intégré cette rédaction en 1989  1991. Les radios libres devenaient, 7 ans après leur autorisation, les radios FM. Elles se professionnalisaient, elles faisaient du commerce, elles grignotaient de l'audience. Dans le même temps, notre métier de reporter radio évoluait : passage de l'analogique au numérique, de la bande magnétique à l'ordinateur (j'ai encore mes ciseaux et ma réglette de montage). Mon employeur était en situation de quasi-monopole sur le Sud de la France. J'ai vu en quelques années la chute de l'audience, un premier plan de départs volontaires, puis un deuxième. Je suis monté dans le troisième pour aller créer ma boîte. 

J'ai l'impression de voir avec Sud-Ouest la même dégringolade. Et aux mêmes maux, les mêmes remèdes. "On réduit la masse salariale puisqu'on ne gagne plus assez d'argent pour la financer." Soit. C'est une attitude "comptablement correcte".

Quand j'ai créé ma boîte, en 1999, je me suis dit que mon principal concurrent serait Sud-Ouest. Pour moi, ils étaient légitimes dans la gestion de l'information régionale et évidemment, ils allaient proposer des contenus éditoriaux pour les sites des entreprises et des collectivités. Eh bien non. Le choix a été de "concevoir" les sites Internet avec Atlantel, la filiale poule aux oeufs d'or du temps du Minitel (3617 exam et 3615SA -elles ne pensent qu'à SA ;)) dans les années 80. 

Côté journal, le modèle choisi a été de dupliquer celui du papier : audience = pub = revenus. Pour Sudouest.com et via un réseau de city guides. Mais voila, en 2000/2004, la pub sur Internet, c'était pas grand chose. Pas de revenus = ça marchera pas, pas d'intêret. On arrête tout. On oublie tout. La presse et le web...c'est 2009 !? Qu'avez vous fait toutes ces années ?

Au final : absence de réflexion et de recherche sur de nouveaux modèles économiques. Existe-t'il des façons de gagner de l'argent autrement qu'en faisant des articles publiés sur une page (papier ou web) qui est lue par un nombre x de personnes qui verront un nombre y de publicités qui rapporteront un chiffre d'affaires z ? Les journalistes accepteraient-ils de faire leur métier autrement ? Pour d'autres "produits" éditoriaux ? Sous d'autres formes ?

Quel est le montant de la R&D dans les entreprises de presse ? J'imagine qu'on est proche de zéro. Quelle industrie pourrait survivre sans recherche, sans innovation ?

Mais vous savez qu'il y a une conclusion heureuse. RMC a survécu, s'est développée. C'est aujourd'hui un groupe avec plusieurs radios, des télévisions. L'homme qui a redressé l'entreprise n'est pas journaliste. C'est un marketeux, un gars de chez NRJ. Il a eu l'idée de faire à la radio ce qu'on fait nous sur le web avec les forums de discussion et aujourd'hui les réseaux sociaux. L'antenne est aux auditeurs. Résultat : un sentiment d'appartenance pour les auditeurs et un coup de production des plus faibles. Alain Weill, c'est lui, a été traité de tout par ses concurrents : populiste ! Et cela a été pire quand il s'est mis à acheter des droits sportifs : "traître". La rédaction est une agence de presse, elle travaille pour tous les supports du groupe et d'autres. Plus personne ne dit rien, ça marche.

Bref, Alain Weill a sauvé RMC. En changeant tout ou presque. Faudra t'il en passer par là pour Sud-Ouest ?

Pour compléter cette réflexion je vous invite à lire : 
- L'âge de la multitude. Colin, Verdier, ed. Armand Colin
La théorie de l'information, Bellanger, ed. Gallimard

Photo : http://bordeauxchartrons.blogs.sudouest.fr

 

Tag(s) : #internet, #presse, #Uncategorized