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Les greffons rejetés de la République

Le système dans ce monde qui change décide de se barricader, de fermer les écoutilles au risque de mourir asphyxié. Il expulse toutes les personnes qui avaient décidé d'ouvrir des fenêtres pour aérer et insuffler de l'air frais et revigorant. Particulièrement instructif et déprimant voici le cas de deux virés de la République !

Dans les deux cas proposés dans cette note, les personnes concernées ont été appelées par les institutions. Il ne s'agit donc pas de candidats qui ont campé devant la porte d'un bureau pour en obtenir la clé. Non, on les a choisis.

Benjamin Millepied, dehors !

Le premier est Benjamin Millepied. Pour le grand public c'est surtout le "mari de" Nathalie Portman. Mais dans le monde de la danse, c'est un jeune chorégraphe français, responsable d'une compagnie américaine. Il est appelé en 2014 pour diriger le Ballet de l'Opéra de Paris. Un poste prestigieux à l'Opéra. Benjamin Millepied arrive dans une institution hyper corsetée avec : hiérarchie, fonctions établies, rôles définis. Il sait aussi qu'il va entrer dans un monde terrible, celui de la formation d'excellence des danseurs de l'Opéra qui est basée sur la douleur, l'humiliation et le mérite. Un parcours de 20 ans qui mènera les meilleurs du statut de petit rat à celui d'Etoile.

C'est un homme pressé avec des convictions. La danse c'est du plaisir pas de la douleur. Le talent n'attend pas les années. Dans un documentaire "La relève" (diffusé sur Canal+) on le voit parler aux danseuses et aux danseurs de bien-être au travail, de respect de leur corps d'athlète de haut niveau. Il va faire changer les parquets des studios pour les rendre moins traumatisants pour les organismes ; il va choisir les danseurs pour son ballet selon leur envie et leur talent…pas pour leur place dans la hiérarchie.

Un an d'oxygène…et puis s'en va. Benjamin Millepied a démissionné au mois de janvier. Comme nous sommes dans un monde policé, on a trouvé des raisons qui permettent à tout le monde de ne pas perdre la face. Mais quand on voit qui remplace ce "punk", on comprend bien ce qu'il se passe. La nouvelle responsable du ballet est une danseuse étoile qui a vécu toute sa vie de danseuse dans le moule. Elle a d'ailleurs pris la parole dès l'annonce de sa nomination avec une langue de bois dure comme un vieux plancher de l'Opéra Garnier. On referme, il n'y a plus rien à voir.

Delevoye...ailleurs (à peu près).

Dans le même temps…un autre personnage s'est fait expulser de l'Institution qu'il présidait. Jean-Paul Delevoye était président du CESE (le Conseil Economique et Social Environnemental). La troisième assemblée de la République, celle qui rassemble les membres de la société civile. J'ai rencontré ce personnage il y a quelques jours, il a longuement échangé (c’est-à-dire parler et écouter) avec le groupe de chefs d'entreprises dans lequel je me trouvais. Jean-Paul Delevoye a un parcours atypique, c'est au départ un élu gaulliste, grand serviteur de l'Etat. Il a présidé l'Association des Maires de France mais aussi et surtout il a été Médiateur de la République. "C'est là qu'il a vu la vraie France" raconte t'il à qui veut bien l'écouter. "A l'association des Maires j'ai connu la France des élus, en tant que Médiateur j'ai connu celle des citoyens!" précise t'il. De cette expérience, il tire une conviction forte : le citoyen doit être mieux intégré aux différentes institutions. Alors quand on le désigne à la présidence du CESE, la première chose qu'il souhaite, c'est transformer le Palais de Iéna qui héberge l'Institution en "Maison du Citoyen". Les représentants économiques et sociaux n'en reviennent pas. Ils vont devoir se mélanger avec les citoyens ? Mais pourquoi puisqu'ils sont eux les représentants de la société civile donc des citoyens.

Jean-Paul Delevoye tient bon. Il en rajoute quelques couches en ouvrant les portes à des associations, à des manifestations. Bref, un souffle revivifiant pour le Conseil et ses conseillers. Eh bien, vous ne savez pas ? JP vient d'être viré aux dernières élections. Et comment ? Très simple : les représentants du patronat et des salariés se sont entendus pour dégager l'homme d'ouverture. Les syndicats ont voté pour le candidat du MEDEF

Le greffon a été rejeté. L'organisme se dit qu'il va bien et pourtant, sans cette greffe, il finira pour mourir. Tant pis pour nous.